Le 25.09.2025, par Max
Il est 23h33 le mercredi 24 septembre quand je quitte le camion garé sur le parking de la salle des fêtes de Sapois pour me rendre dans la grange de Stéphane, lieu de départ de la Clé de Douze. Je sais que je suis le dernier, les autres voitures qui sont arrivées sur le parking sont toutes éteintes et il n’y a plus personne.
J’arrive dans la grange pour donner mes 1,83€ et ma clé de 12 pour caution, Stéphane note mon nom dans le carnet, me donne mes 3 écrous et la balise GPS. On a le droit à notre verre de Pulco et des crêpes (ils savent recevoir dans les Vosges).
A minuit Stéphane nous fait son discours pour nous faire comprendre que si nous ne revenons pas dans le grange dans le temps imparti (et en ayant vissé tous les écrous) nous sommes des “Clé de Douze”. J’espère vraiment lui donner tort même si je sais que ça ne va pas être facile (la distance minimum est de 216 kms en 60h36).
Premier côté
00h12, les coordonnées du premier point nous sont données, c’est la source Éléonore dans la Doubs. Je les envoie immédiatement à mon équipe de choc (merci à tous Maud, Ludo, Colin, Nico, Micka et Fréd). De mon côté, je regarde rapidement ce que ça va donner et je vois que l’on va devoir passer vers Belfort et Sochaux - j’étais loin de me douter que j’irais faire un trail dans ces coins… Dans la grange tout le monde trace de son côté et choisit son chemin en espérant aller au plus court. Il faut 3’ à Maud et Ludo pour me faire une première trace (avant d’aller dormir), il me propose 90 kms et 1650 D+, je la charge dans la montre et c’est parti.
Ludo m’a prévenu, les 15 premiers kilomètres se font sur la route, et quelle route puisqu’il s’agit d’une départementale. Heureusement qu’il fait nuit et que les voitures voient la frontale pour s’écarter. J'essaye de me retenir de ne pas partir trop vite, je veux gagner un peu de temps mais sans me cramer surtout qu’avec 5-6 kgs dans le dos c’est une autre histoire. Après toute cette route, la forêt arrive enfin mais avec la pluie des jours précédents j’avance clairement dans la rivière. Ça fait quand même plaisir de se retrouver en nature et de ne pas avoir de bruit autour de soi. Je vois les yeux de quelques animaux, surtout des biches (ou chevreuils) et des renards. Après la forêt retour sur la route, cette fois je monte en gamme puisqu’il s’agit d’une nationale, il est 3h de matin il n’y a presque personne. Cette portion de route est assez courte et la portion de chemin suivante me fera passer sous le Grand Ballon d’Alsace. Avant d’entrer dans cette forêt j’entends des bruits derrière moi et je vois 2 frontales arriver rapidement. Je m’étais déjà retourné dans les premiers kilomètres pour voir si j’étais suivi, je me disais que ça serait plus sympa de faire une portion au moins à 2. Je n'hésite pas longtemps et en déduit vite que ce sont aussi des participants de la Clé de Douze. Qui court avec un gros sac à 3h30 du matin ?! Ce sont Jérémy et Alexis qui m’ont rattrapé, en faisant les comptes, ils ont déjà fait 2 kms de plus que moi et en ont 6 de plus pour arriver au premier point. C’est une des difficultés de l’épreuve, trouver le bon parcours mais surtout celui adapté à ces capacités. Ça me fait plaisir d’être avec eux, on avance bien et les discussions sont plaisantes. Je pensais prendre le petit-déjeuner à Giromagny mais finalement on y arrive vers 6h, on y passe et visons Belfort (je ne pensais pas un jour courir dans le plus petit département de France) pour notre première vraie pause. La portion entre les 2 villes est loin d’être fun, de la route donc il faut courir (je suis de plus en plus en train de me dire que depuis le déménagement dans les Alpes je suis devenu un randonneur), les gars me montrent la zone des Eurockéennes, en s’approchant de la ville on aperçoit au loin le Lion de Belfort.
8h20 et 56 kms nous nous arrêtons dans une boulangerie au centre-ville, les gens doivent se demander d’où on vient mais on en fait abstraction et on prend le temps pour faire un point sur nos pieds (pas facile avec cette humidité et toutes ces routes). Au réveil, Ludo a eu le temps de refaire une trace pour la fin de cette partie, elle ajoute des kilomètres mais évite de grosse portion de route, je prends volontiers. Je vois aussi que dans la conversation les traces potentielles pour le prochain côté sont en train d’être partagées mais je ne veux pas y prêter attention, chaque chose en son temps.
8h20 et 56 kms nous nous arrêtons dans une boulangerie au centre-ville, les gens doivent se demander d’où on vient mais on en fait abstraction et on prend le temps pour faire un point sur nos pieds (pas facile avec cette humidité et toutes ces routes). Au réveil, Ludo a eu le temps de refaire une trace pour la fin de cette partie, elle ajoute des kilomètres mais évite de grosse portion de route, je prends volontiers. Je vois aussi que dans la conversation les traces potentielles pour le prochain côté sont en train d’être partagées mais je ne veux pas y prêter attention, chaque chose en son temps.
On reprend la route, en quittant rapidement Belfort pour se retrouver sur une piste cyclable au bord du canal. On double un monsieur qui fait son footing matinal, on sent qu’il a envie de parler et nous énumère tout son palmarès. Avant de nous quitter il nous dit que c’est bon pour la santé de courir, cela nous fait sourire et on se dit qu’il est loin de se douter dans quelle aventure on s’est lancé (on n’est pas vraiment sur du sport santé). Je trouve que les gars courent vite et j’ai du mal à suivre leur allure à 5’30, pour moi si on avance bien on s’use plus vite qu’il ne le faut, on se met d’accord pour alterner marche et course. Cela convient à tout le monde et nous avançons quand même à bon rythme sans avoir l’impression de trop forcer.
On passe près de Sochaux, je ne pensais vraiment pas aller faire un trail de ce coin… A Étupes à 10h nouvelle pause pour recharger un peu les batteries, un coca et on repart. Le passage à Audincourt et la zone commerciale sont un peu compliqués, j’en ai marre de la route et de ces passages dans des zones très fréquentées. On finit par en sortir pour emprunter des routes et des chemins beaucoup plus calmes mais on a hâte d’arriver au premier point.
Les gars savent où on arrive puisque la source Éléonore est située près de Pont de Roide la commune d’où ils sont originaires. On commence à penser au deuxième point, le choix s’oriente entre une incursion en Allemagne ou une balade vers Vesoul. On ne veut pas de seconde solution car cela voudrait dire que l’on continue à plat et sur la route. Stéphane met vite fin au suspens, comme il ne peut pas être au premier point avec la bouteille de Pulco (le règlement est mensonger) il nous indique les coordonnées du deuxième point et c’est direction l’Allemagne (mais j’en reparlerai plus tard). A une dizaine de kilomètres du premier point Alexis commence à se plaindre du pied, il pense avoir une ampoule qui l’empêche d’avancer comme il voudrait. Il ne se plaint pas longtemps mais nous annonce qu’il ne continuera pas, on essaye de le remotiver mais sa décision semble déjà prise - avant d’arriver il appellera sa famille pour venir le chercher. Je sens que Jérémy ne sait pas trop comment se positionner, continuer et laisser son pote ou arrêter avec lui…
On finit par arriver au premier point, j’ai un peu pris les devants sur la fin pour commencer à chercher la tige, après quelques minutes de recherche les gars arrivent aussi et on finit par mettre la main dessus. Chacun visse son écrou et on la remet en place pour les suivants, on reçoit rapidement un message de Stéphane qui nous félicite pour cette première étape. On a presque mis 14h30 pour ce premier côté du triangle de 95 kms, ce qui nous fait 5h12 d’avance sur la barrière horaire
Jérémy est décidé à repartir avec moi mais avant petite pause sandwich. Alex arrive juste avant notre départ pour visser son écrou, on prend le temps d’échanger ensemble et on lui propose de repartir avec nous mais il nous dit qu’il a besoin d’une pause. On apprend aussi que Julien a abandonné vers Montbéliard à cause d’une douleur au genou.
Deuxième Côté
Avec Jérémy on repart pour le deuxième côté qui nous amène en Allemagne, de l’autre côté du Rhin et on a le choix sur le parcours. Mes assistants traceurs ont compris que j’en ai marre de la route, ils me laissent donc le choix pour la trace (je ne pouvais pas espérer mieux):
- 82 kms et 700 D+ mais que de la route ;
- 83 kms et 800 D+ avec 15 kms de chemin ;
- 90 kms et 1000 D+ mais 80% de chemin.
On tombe vite d’accord avec Jérémy pour partir sur la dernière proposition, la pause nous a fait du bien et il doit aussi y avoir la satisfaction d’avoir mis un écrou qui nous remotive. Le rythme est bon, Colin et Ludo m’indiquent les points d’eau sur le début de parcours ce qui nous est très utile, on évite de perdre trop de temps à chercher.
On alterne entre chemin et piste cyclable ce qui nous permet de continuer de bien avancer. Pendant le peu de sections de route on se fait quelques frayeurs avec des voitures lancées à 80 km/h qui croisent des tracteurs juste à notre niveau. Au milieu d’un chemin on arrive sur une borne qui marque la frontière France-Suisse, on la suivra pendant un petit moment avant de basculer définitivement chez les helvètes. La Team d’assistance m’a déjà sélectionné des coins où manger et il semblerait que nous arriverons pour l’heure du souper à Porrentruy.
Arrivés là-bas, direction une pizzeria que des locaux nous recommandent, on n’a pas hésité longtemps entre se poser ou prendre à emporter car s'asseoir au chaud nous fera du bien. A l’intérieur il y a 6 personnes mais il est encore tôt, les regards se tournent rapidement vers nous, il faut dire que le standing de l’établissement ne semble pas coller avec nos tenues… Jérémy ose demander si on peut enlever nos chaussures, ce que la serveuse nous autorise, elle ne sait pas encore ce qu’elle vient de faire.. On se met rapidement à l’aise mais les odeurs commencent vite à remonter, il faut dire que j’ai un peu macéré dans ma veste que j’ai depuis le départ et mon pantalon depuis le milieu de la nuit. On commande un coca, une pizza et on se met d’accord pour finir sur un café. Pendant que nous mangeons, les clients arrivent et nous dévisagent - à côté de nous un groupe de filles qui se retrouvent, l’une d’entre elle annonce à ses copines qu’elle vient d’être demandée en mariage - on fait vraiment tâche dans cet environnement… Le café avalé, on va payer en laissant un pourboire pour la boue qui est restée sous la table. On reprend nos sacs et on met nos frontales car la nuit est en train de tomber, on entend les tablées qui se demandent où l’on peut bien aller.
Il fait un peu froid et je commence à sentir que l’humidité et le bitume n’ont pas épargné mes pieds. Après quelques kilomètres je me rends compte que du sang apparaît sur le côté de la chaussure, je n’arrive pas à savoir si c’est une ampoule ou un ongle qui fait des siennes. On ne sait pas combien de temps on restera à 2, Jérémy m’ayant annoncé avant de manger qu’il fera une pause pour dormir après le repas, de mon côté je préfère attendre que le sommeil me gagne vraiment. Finalement on avancera 3h ensemble et on sortira de Suisse avant qu’il décide de bifurquer vers un petit village dans l’espoir de trouver une grange pour dormir “J’ai envie de dormir dans la paille” (j’apprendrais plus tard qu’il a seulement trouvé un abri-bus…)
De mon côté je continue mais se retrouver seul après presque 24h à discuter et se soutenir ce n’est pas facile, je me remets vite dans l’ambiance, je sais pourquoi je suis là ! J’avance à bon rythme mais vers 1h l’envie de dormir se fait de plus en plus présente, je veux éviter de dormir dehors, la température est fraîche et je veux pouvoir me reposer 1h30 sans prendre froid. Je finis par appeler et réveiller Maud pour qu’elle m’aide à trouver un trouver un coin, je suis à Oltingue et il semble ne rien avoir. Au détour d’une rue je vois de la lumière à une fenêtre, c’est la boulangerie du village. J’ose frapper à la fenêtre pour expliquer ce que je fais et demander s’ils ont un coin au chaud pour que je puisse m’allonger 1h30. Le patron me demande si je vais bien et me dit de le suivre dans un vieux salon, il me montre un canapé qu’il débarrasse de cartons, me prête une couverture et me souhaite une bonne nuit ! Je mets le réveil à 3h et c’est parti pour un peu de repos, je ne tarde pas à trouver le sommeil. J’ouvre les yeux avant le réveil, je me change le haut et les chaussettes et là je remarque que les pieds ont bien morflés, l’humidité les a bien attaqué. Certains ongles ont commencé à rentrer dans leurs voisins, j’essaye de corriger ça mais sans grande illusion. Ce qui m’inquiète le plus c’est ma cheville gauche qui a bien gonflé, je ne sais pas trop pourquoi mais depuis un moment j’avais une sensation de frottement de la chaussure, j'essaie de remettre la semelle mais cela ne changera rien et je ferais avec jusqu’à la fin. Une fois habillé et le sac sur le dos je sors de la pièce et passe par l’arrière boutique en espérant pouvoir acheter un pain au chocolat. Je n’ai même pas besoin de l’acheter avec beaucoup de gentillesse il me l’offre avec le café, c’est parfait pour repartir. Dehors il ne fait pas très chaud mais en courant ça devrait aller, je sens quelques échauffements au niveau de l’entre-jambes mais c’est supportable.
J’arrive à Bâle au lever du jour, la ville commence à s’activer, j’ai vraiment l’impression de ne pas avoir ma place ici. J’ai un petit coup de mou, je me pose 5’ sur un banc pour fermer les yeux et finis par m’y allonger un peu, avec ma tenue et mon sac je dois passer pour un SDF, les quelques gouttes de pluie qui tombent me font repartir. Arrivé vers le centre je m’arrête dans un café pour prendre un petit déjeuner, je constate que je suis encore un peu lucide, j’arrive à me faire comprendre en anglais. Je voulais profiter de la pause pour recharger ma montre parce que je doute qu’elle tienne jusqu’à la fin, mais la batterie portable n’a pas aimé le froid et est vide. Je vais devoir improviser pour que ça tienne ! Pour repartir je décide de couper la trace sur la montre et la suivre sur le téléphone. Je me remets à courir et me rends compte que les pieds ne vont pas mieux et les échauffements de l’entre-jambes se sont transformés en brûlures, il va falloir faire quelque chose. Je rappelle Maud pour lui faire part de mon état, on se met d’accord qu’il me faut une pharmacie et j’en trouve une qui me sort un peu de la trace mais c’est nécessaire d’y aller et je ne suis pas à 800 m près. Elle ouvre à 8h30, j’attends 10’ et je repars avec un tube de Bepanthen (#sponsor) pour l’entre-jambes j’essaye de régler le problème directement, pour les pieds je verrais ça plus tard. Je reprends ma route et passe le Rhin et entre donc en Allemagne, je traverse une zone industrielle, le rythme n’est pas exceptionnel (c’est peut-être normal après 180 kms) mais j’avance. D’un coup je sens mon sac remonter sur la droite, c’est étrange, je n’ai pourtant rien touché; je me rappelle ce que m’avait dit Jérémy la veille au soir “l’élastique sort de la gaine”; là elle a cassé… Impossible de courir dans ces conditions, il faut que je répare, je vois que je peux refaire passer les élastiques et avec un nœud ça devrait tenir (jusqu’au bout j’espère). Il me faut quand même un peu de temps pour faire tout ça et je repars. Je passe devant une fontaine au milieu d’un village, c’est parfait pour que je prenne soin de mes pieds et que je puisse ensuite me laver les mains, je badigeonne tout et direction le vissage de l’écrou. Ludo et Colin m’ont envoyé des photos plus précises du parcours pour que j’arrive parfaitement au point indiqué.
34h20 et 188 kms après être parti de la grange j’y arrive. En sortant de la pizzeria je pensais y être au petit matin, finalement il est presque 11h (et on est vendredi). Je vois Alexis au loin, après une bonne nuit il est venu au point pour me retrouver et récupérer Jérémy qui n’ira pas plus loin, il n’est d’ailleurs pas très loin derrière moi. Je trouve la tige derrière le tronc, je constate que je suis le premier à arriver à ce point et visse mon écrou. Alexis a la gentillesse de m’offrir un coca et de me permettre de recharger un peu ma montre, il me dit que l’on est plus que 3 en course, Jean Marc a arrêté au premier point.
Troisième & dernier côté
Il est temps pour moi de repartir, la trace pour ce dernier côté a été faite par Ludo dans la nuit, je la charge dans la montre et constate que ça sera le morceau le plus long : 100 kms et 1400 D+. Alexis repart avec moi, on espère croiser Jérémy puisque je reviens d’où je suis venu mais ça ne sera pas le cas pour moi. La trace me fait redescendre vers le Rhin pour le passer en 3 fois via le barrage de Kembs. Petite frayeur en arrivant sur le premier barrage, je vois des grilles et une personne qui fait demi-tour devant, je me dis que c’est fermé et que je vais devoir trouver un autre chemin. En m’approchant je me rends compte que c’est bien ouvert, ça m’évite un sacré détour.. Je repasse en France et c’est parti pour 5 kms de ligne droite avant le prochain barrage (que je distingue au loin), cette portion est interminable, j’ai l’impression de ne pas avancer. Stéphane m’appelle car il ne comprend pas pourquoi je passe par là, sur le coup je n’ai pas trop réfléchi et j'ai suivi la trace en faisant confiance. En jetant un œil aux différentes conversations sur le téléphone je me rends compte que certains se demandent pourquoi je fais ce détour. J’essaye de ne pas y prêter attention et j’avance, je ne veux surtout pas refaire ça en sens inverse - je n’ai toujours pas pris le temps de regarder s’il y a un chemin plus court. Je finis par arriver au barrage suivant, je m’arrête dans l’auberge pour un coca qui me reboost. En passant le dernier barrage je vois 2 personnes au loin qui me font des signes, je comprends que ce sont Jérémy et Alexis qui sont venus à ma rencontre. Ça me fait vraiment plaisir de les voir, Jérémy a vissé 2 écrous et n’a pas voulu continuer, on est donc plus que 2 en course.
Je fais le plein d’eau avec eux et je repars. Mon prochain arrêt sera à Kembs après 207 kms, Arthur de la Team Trail d’Aix les bains est dans le coin pour le travail et avant de rentrer passera me voir. Dans la ligne droite des barrages j’ai pu passer ma commande à Maud qui lui a transmis: des pompotes, des bananes, une paire de chaussette sèche et de quoi recharger ma montre. J’ai hâte d’y être, ça fait plaisir de voir un visage familier. On arrive en même temps et il a tout, c’est royal. Je me pose pour manger un peu de taboulé et je prends le temps de regarder les messages, surtout ceux de Colin qui me cherche un hôtel pour le début de nuit. Je ne me sens vraiment pas d’aller au bout sans dormir, ça sera le Kyriad à la sortie de Mulhouse dans 18 kms.
Je repars car j’ai un peu peur pour le timing qui me semble très serré surtout avec quelques heures de sommeil. Je remercie Arthur et il me prévient que pour aller vers Mulhouse il y a une longue ligne droite. C’est parti pour 4 kms de ligne droite (les joies de la plaine d’Alsace) sur la départementale, il y a pas mal de voitures mais j’ai de la place pour me ranger sur les côtés.
On est en fin d’après-midi quand j’arrive aux abords de Mulhouse, en même temps que les sorties d’école, je sens les regards qui se demandent ce que je fais là. Je traverse le centre de Mulhouse et même la gare, je regarde les destinations au cas où et me rappelle que je dois récupérer le camion à Sapois (pas le choix d’aller au bout). “Pas trop dur la Clé de Douze ?” c’est ce que j’entends derrière moi, un cycliste qui suit la course et nos balises vient faire un bout avec moi en rentrant du travail. Sur le coup je suis surpris puisque depuis le début personne ne sait ce que l’on est en train de faire. Il me propose de venir me doucher et me reposer chez lui mais l’hôtel étant réservé et tout proche je décline. Pour arriver à l’hôtel je dois sortir de Mulhouse et niveau sonore c’est insupportable, les voitures, les trains…vivement le retour à la campagne. Là j’avoue que j’ai mon plus gros coup de mou de l’aventure, je me demande si j’arriverais à aller au bout, je sais qu’il me reste beaucoup de route et qu’il faudra courir et ça ne m’enchante pas du tout. Colin qui m’a trouvé l’hôtel m’a aussi trouvé un kiosque à pizza à 24 m de l’hôtel. Ça ouvre à 17h30 juste quand j’arrive, je prends 2 pizzas dont une banane-chocolat puis direction l’hôtel. Je suis content de pouvoir me poser mais je sais aussi qu’il ne faut pas que je profite trop du confort car “c’est un redoutable adversaire”. Une bonne douche, un bon séchage de pied et au lit pour 3h.
Je suis réveillé 1h plus tard par le rideau de douche qui tombe, je ne comprends pas trop où je suis et ce que je dois faire. Je me rendors et me réveille 2h plus tard, je suis bien au chaud sous la couette mais il faut y aller. Je m’habille, plie la pizza qu’il me reste et la mets dans mon sac et c’est reparti. Le démarrage est compliqué, les pieds même secs sont toujours douloureux mais la motivation est revenue. Il est 22h la nuit est tombée mais il faut avancer et surtout continuer de traverser la plaine d’Alsace, il y a 40 kms jusqu’à Sapois. La trace me fait passer par des petits chemins et des pistes cyclables pour relier les différentes communes, je croise pas mal d’animaux (renards, biches, sangliers,...) et je fais plus ou moins le malin. J’essaye de m’arrêter toutes les heures pour manger 2 parts de pizza mais la banane-chocolat ce n’était vraiment pas une bonne idée. Les copains m’ont bien aidé mais en pleine nuit je dois me débrouiller pour trouver de l’eau, je demande à des gens qui promènent leur chien (oui, même à 2h du matin) sinon je me permet des intrusions dans des jardins pour profiter des robinets extérieurs. Je commence à voir le bout de cette plaine quand je bifurque dans les chemins au niveau de Fellering km258 pour monter 2 cols avant de voir Sapois.
Je suis pénible mais je crois que mes pieds préféraient la route… Les cailloux et les racines me font hurler de douleurs, il va être temps que j’arrive pour reposer mes pieds. Au lever du jour j’ai la chance d’entendre le brame du cerf, ça me reboost pour arriver aussi vite que possible. J’arrive à Cornimont vers 8h, il me reste un col à passer et c’est fini ! La montée se fait sous un temps vosgien, c’est-à-dire dans le froid et le brouillard… Quand je passe le col je me dis que cette fois c’est bon je vais y arriver, je vais retourner dans la grange et prouver à Stéphane que je ne suis pas une clé de 12. La descente n’est cependant pas très plaisante, je continue de mettre les pieds dans l’eau pour ne rien arranger.
Ça y est j’aperçois la grange, il est presque 11h quand j’y rentre et je suis chaleureusement accueilli par Stéphane, je signe le cahier pour attester de ma réussite et récupère ma clé de 12. J’ai mis 58h24 pour faire 288 kms et 4621 D+.
Quelques minutes après moi c’est Alexandre qui arrive, nous sommes donc 2 arrivants pour cette édition 2025 de la Clé de Douze. Une bonne sieste et nous débriefons notre aventure autour d’un bon repas.
Bilan de cette aventure
Au départ je savais que ce serait ma plus longue course de trail et en plus en autonomie totale, je suis content et fier d’avoir été au bout. Sans la superbe équipe d’assistance qui m’a aidé nuit et jour cela n’aurait pas été possible, Maud, Colin, Ludo, Fred, Micka et Nico je vous remercie pour tout.
Ce format de course permet à chacun de s’exprimer puisque l’on peut adapter le parcours en fonction de nos capacités et évoluer comme on le souhaite. Cette aventure permet aussi d’être sûr de sa cause noble et de faire le point sur le “pourquoi je fais” ça.
Je savais pourquoi j’y allais et j’ai eu les confirmations que j’attendais.
Pour voir la jolie trace : https://www.strava.com/activities/15966427717
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