Sur le papier, une BackYard paraît presque anodine : 6,7 km à parcourir en moins d’une heure. Une distance accessible pour beaucoup de coureurs.
Mais toute la subtilité — et toute la difficulté — est là : à chaque heure pile, un nouveau départ est donné. Peu importe que l’on termine la boucle en 40, 50 ou 59 minutes, il faut repartir. Encore. Et recommencer jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul coureur capable de boucler un tour. Tous les autres sont éliminés, ils sont DNF.
Pas de distance fixée en avance, pas de temps final à viser, pas vraiment de ligne d’arrivée. Juste une boucle, une horloge, et cette question simple : combien de temps vais-je tenir ?
Ayant fait une grande partie de la course en commun nous avons essayé de faire ce compte rendu à 2 en essayant de donner nos impressions et ressentis.
Maud : C’est exactement ce qui me plaît dans ce format. Son apparente simplicité, la rigueur qu’il impose, mais aussi tout ce qui se crée autour de la course. Car une BackYard, ce n’est pas seulement un défi individuel : c’est aussi une aventure collective, faite de discussions entre les tours, d’encouragements, de stratégies partagées et de cette drôle de proximité qui naît quand tout le monde vit le même enchaînement d’effort, de fatigue et de recommencement.
Au fil des éditions, la BackYard d’Hossegor est devenue bien plus qu’une course : un rendez-vous qu’on attend chaque année autant pour le défi sportif que pour l’ambiance si particulière qu’on y retrouve.
Cette année, l’histoire a commencé dès notre arrivée à Hossegor. On passe chez Jo&Joe pour récupérer nos dossards le jeudi soir. Comme d’habitude, on retrouve rapidement des visages familiers, on échange sur les objectifs de chacun, la météo, l’état du terrain… On retrouve les copains, on partage un burger tous ensemble, puis chacun repart de son côté pour se reposer avant l’effervescence du départ le lendemain.
Vendredi, 10h. On arrive dans la salle, immédiatement happés par l’ambiance de l’avant-course. Préparation du matériel, derniers réglages, échanges avec les copains… l’excitation monte doucement à mesure que le départ approche.
Maud : Pour moi l’objectif est simple, je veux essayer de passer une deuxième nuit dehors. Je suis prête, physiquement et mentalement, je n’ai jamais eu aussi envie de prendre le départ d’une BackYard.
Max : L’objectif est d’accompagner Maud autant que possible et d’engranger les kilomètres pour les futurs objectifs de la saison.
12h pile. Le premier départ est donné. Cette première boucle permet de se mettre en route, d’analyser l’état du parcours avec le sable. Il n’est pas terrible cette année, il est mou et il va nous faire vriller. Premier tour, obligation de vider les chaussures, une poignée de sable en ressort.
Les premières boucles de la journée se passent très bien. Aucune stratégie particulière, si ce n’est de suivre les copains dans leurs choix. Et finalement, c’est plutôt agréable de se laisser porter.
Maud : J’adore ces moments-là, où tout est encore léger. Je cours principalement avec mes trois copines : Laetitia, Audrey et Vanessa. On prend même le temps de s’attendre tous ensemble, le groupe de Bretons, pour aller prendre notre traditionnelle photo sur notre banc fétiche — enfin, plutôt celui de Colin.
Max : Je partage les premières boucles avec les copains, avec certains on ne s’est pas vu depuis un moment, on a des choses à se raconter. L’ambiance est vraiment cool, ça chambre pas mal notamment avec Ronan et Popol.
Tour 5 = tour déguisé. On enfile nos tutus, et il n’y a que des sourires autour de nous. L’ambiance est encore très joyeuse.
Mais peu à peu, le sable commence à nous monter à la tête. Il s’infiltre partout : dans les chaussures, dans les chaussettes. Chez beaucoup de coureurs, rien à signaler, mais nous on commence à le sentir sérieusement. Au tour 9, on décide de changer de chaussures et là, bingo : presque plus de sable qui rentre. (Instant conseil : éviter les Brooks Adrenaline pour une course dans le sable.)
La chaleur, elle, est bien présente. Trop présente même. À 16h, on pense naïvement que le plus dur est passé et que la fraîcheur va finir par revenir. Mauvaise estimation : vers 18h-19h, c’est encore pire. Une chaleur étouffante s’installe.
Maud : En fin de journée, je commence à ne pas me sentir bien. Les jambes sont couvertes de plaques rouges, une sorte de réaction apparaît. Soleil ? Chaleur ? Difficile à dire. Mais je sens que quelque chose cloche. J’essaie de ne pas trop y penser, en me disant que la nuit va faire retomber tout ça.
Et là, impossible de retrouver mes lunettes de vue… Le coup de chaud m’a déjà bien assez fatiguée comme ça, je n’ai clairement pas besoin d’en rajouter. Mes beaux-parents les cherchent en vain. Je termine donc la boucle sans lunettes, et à mon retour ils m’annoncent qu’ils n’ont rien trouvé.
Ni une, ni deux, Max file sans réfléchir vers la voiture pour vérifier s’il ne les trouve pas là-bas. Pendant ce temps, en prenant les frontales, je tombe finalement dessus… rangées bien sagement à leur place.
Max : Un petit sprint qui m’a permis de délasser les jambes mais le stress de la recherche a bien fait monter le cardio. Maintenant qu’elles ont été retrouvées un souci de moins et il faut se reconcentrer pour continuer à tourner.
On troque alors la casquette pour la frontale, et on bascule doucement dans la nuit. À partir de ce moment-là, on ne se lâche plus. On enchaîne les boucles ensemble, en discutant, avec les copains qu’on n’avait pas encore vu depuis le début de la course, mais aussi avec des nouvelles personnes. C’est aussi ça la BackYard : parler avec des gens qu’on ne connaît pas comme si on s’était toujours côtoyés.
Maud : J’ai toujours très, très, très chaud, alors que la majorité des coureurs ont déjà sorti manches longues et petites vestes. Impossible de faire redescendre la température du corps. Et forcément, coup de chaud égal soucis digestifs… petite diarrhée (désolée, ce n’est pas très glamour, mais c’est la réalité). Heureusement, je suis plutôt contente qu’il y ait 3 toilettes sur le parcours. Au bout de quelques heures, quand la situation finit par se stabiliser, je souffle un peu.
Pendant la nuit, on partage trois boucles avec Caroline, qui nous dit qu’elle s’ennuie. On essaie de lui changer les idées, de la motiver à repartir pour quelques tours supplémentaires. On passe un bon moment avec elle, mais lorsqu’elle rentre hors délai il y a comme un petit vide d’un coup.
Maud : De mon côté, les choses deviennent un peu plus compliquées : je commence à avoir mal à l’estomac et j’ai du mal à m’alimenter. Je décide de laisser mon système digestif se reposer. À part ça, musculairement et articulairement, tout va bien. Et mentalement aussi : j’accepte que ça prenne du temps et que ça fasse partie de la course.
Max : La première nuit de BackYard n’est jamais la plus agréable, je la trouve toujours longue mais étant bien accompagné les boucles passent quand même plus vite.
Le lever du jour fait un bien fou. Peu importe l’état dans lequel on est, c’est une forme de délivrance de pouvoir enfin enlever la frontale et voir la ville se réveiller. La boucle se termine.
Maud : Je m’allonge par terre, la tête qui tourne, le corps épuisé. Les larmes arrivent d’un coup, sans filtre. Je suis fatiguée depuis trop longtemps maintenant. Dans ma tête, une seule idée : atteindre le 24 heures. C’est mythique, c’est important pour moi. J’espère y arriver.
En me relevant, je sens que je n’ai plus vraiment de force. Je vacille, j’ai du mal à tenir debout. Je repars vers la ligne de départ, mais je me remets à pleurer. Je lis alors le premier mot de mes proches. Et là, les larmes redoublent… Mais l’envie de repartir revient encore plus fort. Ça me redonne de l’énergie. Les coureurs encore en course sont adorables. Ils viennent me voir, me consoler, me motiver. Je les adore.
Sur la boucle, je trottine. Pas vite, mais je trottine. Et justement, dès que j’essaie de marcher ou de m’arrêter, j’ai la tête qui tourne beaucoup trop : je ne tiens pas debout, je zigzague sans cesse. Je m’affaisse de plus en plus, je n’arrive plus à rester droite. Je n’ai plus assez de force. Je penche sur la gauche, et la jambe de ce côté commence à tirer un peu, tout mon poids reposant dessus. Mais je fais abstraction de ça. Mon objectif en arrivant est simple : manger pour reprendre des forces et essayer de me redresser.
21h de course. Les mots de mes proches s’enchaînent. Max me prépare des tartines de brioche à la crème de marron. Sur le moment, je fais un peu la tête… mais je les mange quand même. Et c’est presque magique. Je reprends des forces, je me redresse.
Mais le mal est déjà fait. Je sens que mon corps a puisé trop loin depuis le coup de chaud de la veille. L’énergie n’est plus vraiment là.
Je lutte pour atteindre les 24 heures. Mes copains sont présents, et c’est un vrai bonheur de pouvoir les prendre dans mes bras. Je suis heureuse, oui. L’objectif sportif n’est pas atteint, mais je suis fière de moi.
Maud : Je n’ai rien lâché. J’aurais pu abandonner dès le passage à la nuit, mais je ne l’ai pas fait. J’ai compris beaucoup de choses, j’ai réussi à gérer mes différents problèmes un par un.
Pour une fois, ma BackYard s’est arrêtée parce que mon corps a lâché, mais pas ma tête.
Pour moi, c’est une réussite.
La deuxième nuit dehors, ce n’est que partie remise.
Max : Malgré l’arrêt de Maud je décide de continuer encore 6h, ça fera 200 kms et ça sera suffisant et raisonnable d’arrêter avant la nuit. Les 6 boucles suivantes s’enchaînent bien, je m’incruste dans différents groupes pour discuter avec les coureurs restants.
A 18h je prends le départ de la 31ème boucle mais une fois sortie de la salle je dis au revoir à tout le monde en leur souhaitant bonne chance et je fais demi-tour pour mettre un terme à cette BackYard. Je suis plutôt content de la façon dont ça s’est passé mais c’est toujours plus facile de gérer une BackYard quand on est bien accompagné.
J’espère que la prochaine aura lieu en octobre mais pas pour s’épargner cette fois…
Merci à nos assistants et aux copains pour votre présence !
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